"Les fautes d'orthographe deviennent un handicap pour faire carrière". La presse en parle
Valeurs



ILS PARLENT DE FAUTES...

Anne-Laure, consultante dans un cabinet de conseil parisien :

« J'accompagne chaque année des dizaines de cadres dans leur recherche d'emploi. Or, je constate que beaucoup d'entre eux font des fautes d’orthographe énormes dans les lettres de candidature qu'ils me soumettent, avant de les adresser à telle ou telle société. Des erreurs du genre : ‘ j'ai acquit de l'expérience ’, ou  bien ‘ j'aimerai vous rencontrer ’, ou encore ‘ j'espère avoir été convainquant ’ ! Ce qui m'inquiète le plus, c'est que quand je leur montre ces fautes, ils semblent un peu surpris. Je suppose donc que ce n'est pas une question d'inattention mais bien un problème de fond. »

Michel, DRH dans l'industrie automobile :

« Je sais que je fais des fautes quand j'écris. On me l'a déjà fait remarquer, à deux ou trois occasions. Ça m'a vraiment vexé. Un fois, c'était après une présentation PowerPoint, devant 250 personnes. Un ingénieur m'a pris à part et m'a soufflé : ‘ Michel, tu devrais faire attention aux participes ! ’. Je n'ai pas bien compris tout de suite. En fait, c'est ma femme - à qui j'ai demandé de relire le texte de ma présentation -, qui m'a fait prendre conscience de mes lacunes. Aujourd'hui, je ne suis pas tranquille quand j'envoie des mails à l'ensemble du personnel. J'ai peur de perdre en crédibilité auprès des employés et des cadres du groupe. Le problème, c'est que je n'ai pas le temps - ni la volonté, d'ailleurs - de me replonger dans un gros manuel de grammaire pendant des semaines entières. »


Thomas, élève d'une grande école d'ingénieurs en informatique :

« C'est dingue : j'ai l'impression que nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus savoir écrire ! Entre élèves, ça passe encore, parce que beaucoup ne remarquent même pas les fautes. Mais je sais qu'on peut avoir des problèmes quand on essaie de décrocher un job important. Dans mon école, il y a d'ailleurs une blague qui circule à propos d'un jeune diplômé qui s'est vu retourner sa propre lettre de candidature. Le DRH de l'entreprise avait souligné en rouge toutes les fautes d'orthographe et donné une note à la ‘ copie ’ : 2/20... Du coup, on flippe à l'idée de se faire recaler dans des sociétés prestigieuses pour une histoire de participe passé. D'accord, il y a les correcteurs automatiques, mais des fois, c'est encore plus trompeur ! Ou bien ils font ressortir des fautes imaginaires, ou bien ils font l'impasse sur des fautes dignes du primaire... »


Alexandra, responsable de la communication dans un groupe hôtelier :

« L'écrit est évidemment important dans mon job, puisque c'est moi qui rédige les communiqués officiels du groupe. Or, je sais qu'il m'est arrivé de diffuser des textes qui contenaient des fautes honteuses. Ce sont des journalistes qui me les ont signalées. Je trouve ça dur, parce que je pense être compétente par ailleurs, mais j'ai toujours peur de commettre la faute ‘ qui tue ’. C'est une situation assez angoissante. Il faut dire que je mets quand même, à mon niveau, l'image de ma société en jeu... »


Jérôme, cadre dans un cabinet de recrutement :

« Je vous pose la question : entre deux candidats à compétences égales, et à expérience équivalente, lequel allez-vous privilégier : celui qui maîtrise l'écrit et qui donnera une bonne image de son futur employeur, ou celui qui fait des fautes de collégien ? »


Max, responsable des services généraux dans une PME :

« Moi, mon problème est très simple et très compliqué à la fois. J'ai été engagé dans ma boîte pour distribuer le courrier au personnel, il y a une dizaine d'années. Pour faire ce job, je n'avais pas besoin de bien écrire. Puis j'ai évolué professionnellement et aujourd'hui, je suis responsable des services généraux. Eh bien, je ne vous raconte pas la galère quand il faut rédiger des lettres ou des mails à mes fournisseurs ! J'ai des problèmes avec la plupart des mots et des tournures de phrase. Parfois, je demande à des collègues de me corriger des courriers importants, mais j'ai un peu honte et je crois que même eux, ils ne savent pas trop. Alors, je les envoie comme ça, en espérant que les destinataires n'y verront que du feu... »


Didier, dirigeant d'une PME qui commercialise des produits paramédicaux :

« Il y a quelques années encore, l'écrit ne me posait aucun problème. Je gribouillais des éléments sur une feuille, et mon assistante faisait le reste. Si elle repérait des fautes, elle devait sûrement se dire que ce n'était qu'un brouillon, après tout, et elle les corrigeait. Elle faisait ça très bien, d'ailleurs, parce qu'aucun de nos clients n'a jamais fait de remarque désobligeante à ce sujet. Mais aujourd'hui, ce n'est plus pareil. Je dois répondre moi-même à une multitude de mails, vite, très vite parfois ! Et là... Je ne sais pas pourquoi, il y a comme un malaise. Je sens de l'ironie autour de moi. A plusieurs reprises, déjà, des clients, des collaborateurs ou simplement des amis m'ont demandé pourquoi j'écrivais toujours en style 'sms'. Mais moi, bon sang, j'ai l'impression d'écrire normalement ! »


Jean-Claude, gérant d'une boutique en ligne :

« On vient de créer un site web marchand, avec deux amis. C'est curieux, mais on ne pensait pas que la ‘forme’, l'apparence du site compterait autant pour les internautes. Il faut croire que si, visiblement, puisqu'on a reçu des dizaines de mails pour nous dire qu'on n'était pas sérieux, qu'on n'avait aucune crédibilité. Pourquoi ? Parce que dès que les gens arrivaient sur notre page d'accueil, ils tombaient sur des fautes énormes, du genre ‘ Quelques que soient les produits que vous achetez ’, ou ‘ Notre fabriquant se trouve a Barcelone ’.
Pourtant, on avait pris la peine de soumettre tous nos textes à un correcteur automatique, et ces deux phrases étaient passées sans problème ! Depuis, on essaie de faire attention quand on met notre site à jour, mais même comme ça, on nous dit qu'il y a encore des fautes... »


Henry, ingénieur :

« Je travaille dans l'industrie aéronautique. Je dois dire que dans mon service, le climat est assez tendu. Les ingénieurs se tirent des petites balles dans le dos. Je le sais, je le fais aussi. On se lance des remarques perfides, l'air de rien, entre collègues bien élevés. Pourtant, je ne pensais pas être moi-même déstabilisé un jour avec des choses apparemment anodines. C'est une jeune recrue qui a déclenché le tir : elle a fait suivre à une dizaine de personnes un mail que je lui avais adressé. Or, j'ai su plus tard qu'il était truffé de fautes grossières. Puis, c'est un directeur qui, pendant une réunion, a lu à haute voix l'une de mes notes internes, en s'arrêtant sur les erreurs de syntaxe. 'Ah, ah, ah, c'est digne d'un élève de CM2 !' s'est-il esclaffé à la fin. Je peux vous dire que là, votre fierté en prend un sacré coup. Sans parler du fait que toutes ces histoires de fautes peuvent nuire à l'avancement de ma carrière... »


Delphine, gérante de société :

« Vis à vis de l'orthographe, comme de la rédaction de textes en général, je suis complètement démunie. Je travaille seule, à mon compte (j'ai créé une petite entreprise de formation en informatique), et lorsqu'il s'agit de communiquer par écrit avec des clients ou de faire de la prospection par mail, je suis perdue. Non seulement je ne sais pas comment tourner les phrases, mais surtout, j'ai des doutes sur la façon d'écrire les mots, d'accorder les verbes, par exemple. J'ai beau regarder dans un vieux manuel de conjugaison qui date de l'école primaire, je n'y comprends pas grand-chose : dès qu'on a assimilé une règle, on tombe sur des exceptions ! C'est désespérant. Mais ce qui m'inquiète le plus, c'est que je ne vois pas à qui je peux demander de l'aide autour de moi. »





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